Les Macériens s'apprêtèrent donc à recevoir la petite fille de leur ancien ennemi, Charles Quint, qui avait tenu le siège de Mézières contre Bayard en 1521. Tous les grands d'Europe (têtes couronnées, ambassadeurs ...) furent conviés à la fête, dont le duc d'Anjou, frère du roi et futur Henry III. Ce fut le Cardinal de Bourbon qui célébra la messe.
Autour de l'édifice, les rues sont très étroites au Moyen-Age, et sinueuses. Des maisons sont même accolées au portail méridionnal. L'urbanisme de l'époque est anarchique. Sur la place de l'église se tiennent la halle à la chair et au blé, le marché aux pourceaux et aux fromages.

A gauche : Détail de la nef centrale

A droite : croisée et transept méridionnal

Ci-dessous : collatéral sud de la nef

La nef est achevée en 1586 et le clocher est élevé entre 1598 et 1626 sous les règnes de Henry IV et Louis XIII.
... et d'un pinacle
Détail d'une gargouille ...

Les clochers sont nombreux dans le Mézières du Moyen-Age. Chaque faubourg possède sa chapelle : Chapelle Saint-Louis au Faubourg de Pierre ; Chapelle Sainte-Barbe au Faubourg d'Arches ; Chapelle St Julien dans le faubourg du même nom. Ajoutons à cela quelques congrégations : les Chanoines de la Collégiale Saint-Pierre ; le Prieuré des Jésuites du Faubourg Saint-Julien ; le Couvent des Cordeliers de Jérusalem au Plateau de Berthaucourt, celui des Récollets de Bethléem sur la rive gauche de la Meuse.

Depuis le XIIIème siècle, il faut ajouter la petite église paroissiale romane, qui trône sur son promontoire rocheux, dans le centre de Mézières. Mais suite à l'arrivée massive de centaines de familles liégeoises entre 1214 et 1468, la petite église devient vite exigüe pour accueillir tous les fidèles. C'est alors que l'on pense à élever une nouvelle église à son emplacement ...

En 1946, après avoir été entièrement restaurée et remise dans son état d'origine, le pape Pie XII érige l'église de Mézières en "basilique mineure". Le mot "basilique" provient du grec "stoa Basileios" et signifie "portique royal". Les basiliques ont la préséance sur toutes les églises, hormis les cathédrales. Dans l'Eglise Romaine, le titre de "basilique mineure" est accordé aux églises célèbres par leur ancienneté, leurs souvenirs ou parce qu'elles font l'objet d'un pélerinage, ce qui est le cas de la Basilique de Mézières qui doit son aura au culte de la Vierge Noire dite aussi Notre-Dame de l'Espérance.

Le culte de la Vierge Noire à Mézières remonterait au IXe siècle. Bon nombre de miracles lui sont attribués et selon les croyants, elle protègerait l'édifice ... ce qui n'a pas empêché un dramatique incendie en 1682, le vandalisme de la Terreur durant la Révolution et le terrible bombardement du 5 Mai 1944 !

Tous les ans, à la fête de la Trinité, des milliers de pélerins viennent ici vénérer Notre-Dame d'Espérance. La Sainte statue (à gauche) se trouve aujourd'hui dans une absidiole ouvrant sur le bras nord du transept.

La Basilique, couronnée d'un dôme,
telle qu'elle était de
1682 à 1858

La première pierre de cette toute nouvelle église est posée le 25 Avril 1499. Elle est consacrée le 27 Avril 1501. Les travaux s'étalent sur 127 années !

Construite en croix latine, sobre, de pur style gothique flamboyant, elle se compose d'une nef centrale haute de 18 mètres, de deux collatéraux, d'un transept à croisée régulière et d'un choeur avec bas-côtés. Sa lon-gueur totale est de 60,80 mètres et sa largeur de 25 mètres.

façade occidentale de l'édifice

La construction débute à l'est, par le choeur et l'abside et s'achève à l'ouest par le narthex. En 1528, un porche méridional de style flamboyant est accolé à l'église (on l'aperçoit légèrement sur la photo de droite).
De 1545 à 1565, les deux premières travées en partant du transept sortent de terre. Le clocher et le portail de la vieille église du XIIIe siècle sont démolis et on élève les deux dernières travées.

Côté sud de l'édifice
Détail du clocher : la flèche est récente, elle date de 1861. La vieille cloche de 1679 fut remplacée en 1865. Elle fut bénie le 28 mai de la même année.
La nef centrale. Du 22 au 29 Juin 2005, Serge Fréchet organisa une exposition originale "Vitraux Xuartiv", ou images d'un monde flottant. Le but était de faire refléter les vitraux de Dürrbach dans un bassin installé dans la nef
Un mariage ROYAL, des épitaphes et des bombardements ...

Charles IX, né en 1550, fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, est couronné roi en 1560, à l'âge de 10 ans. Dès l'âge de 12 ans, il est confronté aux Guerres de Religion. Catherine de Médicis, sa mère, lui trouve sa future épouse en la personne de l'Archiduchesse Elisabeth d'Autriche, fille de l'Empereur Maximilien II et petite-fille, par sa mère, de Charles Quint. Le mariage fut célébré en l'Eglise de Mézières le dimanche 27 Novembre 1570. A ce sujet, une plaque située dans le transept sud le rappelle (photo à droite). Mézières était à l'époque une ville frontière située entre le Saint Empire Romain Germanique et le Royaume de France.

A l'occasion de son mariage, Charles IX offra à la Paroisse de Mézières deux magnifiques bénitiers en marbre noir de style Renaissance (dont voici un des deux exemplaires)
Charles IX et son épouse passèrent 11 jours à Mézières. Pour remercier Louis de Gonzague, duc de Rethel, de son chaleureux accueil sur ses terres, Charles IX lui accorde la souveraineté sur la Principauté d'Arches.

La Basilique de Mézières n'a malheureusement pas toujours connue des moments heureux. En effet, l'édifice a subi les bombardements de 1521, 1815, 1870, 1918, 1940 et le tristement célèbre bombardement allié de 1944, qui, un jour de communion solennelle, décima des familles entières et une partie des communiants.

Le 26 Juillet 1815, la Basilique subit le feu des Prussiens assiégeant Mézières. Un boulet transpersa le toit et vint se loger au-dessus de l'abside qui abrite la statue de la Vierge Noire (photo à droite). Pour des raisons évidentes de sécurité, l'obus a été extrait mais le trou est toujours là ...
Magnifique escalier Renaissance de 1587 menant à la tribune
Sous l'Ancien Régime, le sous-sol de l'édifice reçoit les caveaux de notables macériens : nobles, clercs, officiers ... mais beaucoup de dalles tumulaires furent détruites lors de la restauration de l'église après le bombardement de 1870. Il en reste très peu aujourd'hui, mais on peut encore déceler les pierres tombales de quelques riches négociants.
Plaque commémorative du siège de Mézières de 1521

Epitaphes du 16e siècle d'un maréchal de France

Urnes funéraires emmurées dans les colonnes de la croisée du transept
Epitaphe du 16e siècle d'un sieur originaire de Mouzon

Autre curiosité de la Basilique : Des colonnes aux chapiteaux romans de la petite église du XIIIe siècle subsistent et sont encore visibles dans la croisée du transept de l'église actuelle

Une oeuvre unique et fabuleuse : les vitraux de René DURRBACH
Le culte de la VIERGE NOIRE
Dès leur origine, les vitraux de Mézières sont très appréciés et attirent un grand nombre de visiteurs. L'un de ses plus fameux admirateurs fut Victor Hugo, qui fait halte à la basilique en 1838 et les évoque dans son ouvrage "Le Rhin". Malheureusement, ces derniers souffriront énormément des divers conflits qui secouèrent les 19e et 20e siècles.
L'Artiste René Dürrbach, ami et ancien élève de Pablo Picasso, conçoit, entre 1954 et 1979, 62 magnifiques vitraux pour remplacer les anciens détruits par les bombes. Depuis Mai 1979, la Basilique de Mézières a retrouvé sa grâce et ses vitraux leur réputation !
Peintre et sculpteur, René Dürr-bach a conçus ici, en cette terre d'Ardenne, une oeuvre unique en Europe. Il s'agit d'une composition abstraite, faisant appel au symbo-lisme des couleurs, des formes, des nombres et ordonné autour de la dualité entre la "Vierge Noire de Mézières" et la vierge de lumière qu'est "Notre Dame d'Espérance".
Le registre bas présente la totalité du cycle en révolution, selon le sens giratoire de gauche à droite. En ouverture de la nef, le bleu-vert, dominante des fins premières ; en fermeture le rouge sombre, dominan-te des fins dernières avec au vitrail central du choeur le jaune, tonique de l'Intelligence, par quoi les choses sont liées entre elles.

Le registre haut de la nef évoque les quatre saisons. Elles encadrent la Vierge de beauté et de lumière. Ce sont les quatre temps qui rythment la vie et l'amour :
- Hiver : violet, froid, absence
- Printemps : vert, germination
- Eté : jaune, frucification, ac-complissement
- Automne : rouge, maturité et pourrissement simultanés, retour au froid.

Au dessus du portail d'entrée, au fond de l'Eglise, la Pierre Cubique (violet) symbolise et matérialise le lieu sacré. Elle est le centre d'où rayonnent la connaissance et la grâce. C'est ici que commence la visite des vitraux qui se poursuit en faisant le tour de l'édifice dans le sens des aiguilles d'une montre.

Grâce à son accoustique exceptionnelle, la Basilique Notre-Dame-d'Espérance accueille régulièrement des concerts de qualité, accompagnés des grandes orgues modernes d'Yves Koenig de Sarre-Union. Installé le 7 Avril 1997, l'orgue s'harmonise parfaitement à l'édifice avec la forme élancée de ses tourelles montant à l'assaut de la voûte.

Lorsque les cuivres se mêlent au son chaleureux de l'orgue, la majesté des lieux atteint son paroxisme ! Mélange de méditation et d'harmonie, ce lieu sacré chargé d'histoire atteint une grandeur mystique.

L'orgue est situé sur la tribune, placé au fond de la nef. Le buffet, en chêne massif, est à deux corps avec console en fenêtre. Les principaux tuyaux sont en étain.

Autrefois, lieu exclusivement destiné au culte catholique, la Basilique Notre-Dame d'Espérance de Mézières, est devenue un lieu de rencontres culturelles et musicales très appréciées par l'ensemble des carolomacériens.

L'ensemble est composé de 66 verrières et représente une superficie de plus de 1000m carrés. René Dürrbach n'a pas tra-vaillé seul sur ce projet. Quelques amis se sont associés à lui : Henri Giriat pour le plan et la définition des thèmes, André Seurre le maître-verrier et Jean Lan-franchi pour le montage.